Partager l'article ! Isabelle: Tout maître hollandais qui se respecte se doit de réaliser au moins une fois dans sa carrière un bouquet, une nature morte ...
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Tout maître hollandais qui se respecte se doit de réaliser au moins une fois dans sa carrière un bouquet, une nature
morte et un auto-portrait. Je me respecte, mais je suis également réaliste et je ne retiens donc que l'adjectif, ne pouvant décemment me qualifier de "maître" dans tout domaine autre que celui
caractérisant la relation tout à fait particulière que j'entretiens avec l'animal domestique que je tolère sous mon toit ! Batave je suis et je reste, mais tout au plus je serai donc le maître du
chat (-hibou dans le meilleur des cas).
Etant de nature impatiente, j'ai décidé de brûler les étapes avec un petit format (disons plutôt "intimiste", c'est
plus valorisant), réunissant un bouquet et une nature morte dans un seul tableau. L'auto-portrait attendra donc encore un peu...
Je le fais pour mon épouse, qui a toujours fait preuve d'une bonne dose d'indulgence à mon égard, et j'ose espérer
que ce petit bouquet remplacera tous ceux que je ne lui ai pas offerts pendant toutes ces années de bonheur conjugal. Je crains fort que les dimensions de ces quelques fleurs ne soient que
beaucoup trop modestes... elle mériterait un bouquet si énorme que ce qui me reste à vivre ne suffirait pas à le produire ! Je me sens souvent un nain géant à côté d'elle...
Ce petit bouquet rappelle également celui qu'elle a porté le jour de notre mariage. Le jaune et le vert symbolisent
le printemps, car nous nous sommes mariés au mois de mai. Je vous laisse deviner le sens profond de la couleur orange... La fleur bouillonnante est le petit grain de folie nécessaire pour que
notre vie commune se renouvelle et la couronne formée par les feuilles symétriques reste indispensable afin que notre union se maintienne.
Cette complémentarité nous caractérise. Un coin sauvage dans un jardin bien entretenu ou un élément abstrait dans un
contexte figuratif résultent dans un équilibre surprenant, l'inattendu donnant le relief que seule l'habitude permet de savourer.
Voici donc la petite nature morte censée symboliser mon épouse, réunissant quelques objets de sa vie quotidienne, les instruments de sa passion pour ainsi dire.
La pince à épiler exprime les nombreuses fois qu’elle a su ôter une épine que j’avais réussi à me planter
dans l’âme et les ciseaux représentent tous les raccommodages qu’elle a pu procurer à la fille. Et entre deux missions de secours, un court moment de détente bien mérité symbolisé par la cuillère
et le récipient destiné à recevoir - après infusion - les sachets des tisanes qu’elle adore savourer (en effet, il se sert à rien d’y poser les sachets avant l’infusion, précision parfaitement à
la hauteur de l’inutilité d’un tel modus operandi mais imposée par l’impossibilité d’utiliser le terme d’égouttoir dans ce contexte précis).
Les figures du chat représentent la présence rassurante et légèrement remuante de la bête quand le maître vole dans les plumes et constituent également un petit clin d’œil à l’art nouveau de par
leur élégance stylisée. Sans oublier qu’elles atténuent quelque peu le côté rigide (pour ne pas dire moribond) de la nature morte. En plus, la joyeuse sarabande de félins est un petit hommage au
maître incontesté des constructions impossibles et de l’exploration de l’infini qu’était M.C. Escher. Après tout, des reptiles aux chats il n’y a qu’un pas, n’est-ce pas ?
Initialement, j’avais même prévu une bougie éteinte sur le morceau qui me symbolise en face, car le vrai
rayon de lumière est bien elle ! Comme quoi, j’aurais réussi à réunir dans un seul tableau une nature morte ET un bouquet ET un auto-portrait ! Le bonheur pictural absolu ! Cette
joie attendra donc encore un peu…
Merci, Isabelle, pour toutes ces années de bonheur et mes sincères excuses pour le fait que tu as dû attendre la réalisation bien tardive de ce petit tableau pour avoir enfin un bouquet de ton mari digne de ce nom (le bouquet, j'entends, car ledit mari ne sera jamais à la hauteur) ! Mais dis-toi bien que celui-ci ne fanera jamais (toujours le bouquet, bien évidemment)...
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